Seijun Nishihata est un célèbre chasseur de plantes au Japon. Il a parcouru le monde entier pour ramener les plantes les plus rares et les plus remarquables dans son pays. À présent, il dirige le Sora Botanical Garden, un cabinet d’aménagement paysager qui végétalise des quartiers entiers des plus grandes mégalopoles japonaises. Je l’ai rencontré à deux reprises, à son bureau à Tokyo, et à sa pépinière d’Osaka.

Le Yoyogi Village, un havre de paix végétalisé en plein cœur de Tokyo

Une pluie froide tombe sur Tokyo en cette fin de septembre, alors que je me rends au Sora Botanical Garden pour rencontrer Seijun et sa petite équipe. Ils occupent un container au sein du Yoyogi Village, un minuscule havre de paix en plein cœur de la ville, dans lequel quelques restaurants et boutiques se fondent dans la végétation. Il y a des arbres exotiques, des rideaux de lianes, des plantes couvre-sols, toutes sont accompagnées d’une étiquette explicative.

Seijun est un personnage public au Japon, il est l’auteur de plusieurs best sellers. Ainsi, lorsqu’il a conçu le Yoyogi Village, les médias ont commencé à s’intéresser aux plantes. Le livre de Seijun a également inspiré les architectes à inclure des plantes dans leurs designs.

Seijun utilise beaucoup de plantes exotiques qu’il va chercher dans des pays très lointains. Il importe 215 tonnes de plantes par an. Pourtant, il n’est pas critiqué sur le fait de ne pas privilégier les espèces locales. Les japonais ont eu l’habitude de tout importer, que ce soit leurs légumes ou même les religions, et de faire un gros mélange de culture. De plus, le chasseur de plantes aime l’idée que les plantes n’ont pas de frontières. Par exemple, les enfants s’intéressent aux animaux en allant observer des animaux remarquables dans les zoos. C’est pareil pour les plantes! Il s’agit de “planter un arbre dans l’esprit des gens”.

à l'entrée du yoyogi village
L’entrée du Yoyogi Village donne le ton

Un parc comestible dans le quartier d’Osaki à Tokyo

Nous visitons le quartier d’Osaki, que le Sora Botanical Garden a été chargé de végétaliser. Ils ont choisi de concevoir 7 parcs selon des thèmes différents : un parc comestible, un parc pour les rendez-vous, un parc détente sur un toit d’entreprise, un parc d’amusement pour les enfants, etc.

Je suis particulièrement intéressée par le parc comestible. Il y a des oliviers très anciens qui viennent d’Espagne, c’est un des arbres favoris de Seijun, sa marque de fabrique. On y trouve aussi des buissons, des plantes aromatiques, des plantes couvre-sol, tous comestibles. Le tout donne une impression très propre, le but est avant tout l’esthétique.

En fait, ce genre de parc nécessite une très grosse maintenance, pour ramasser les fruits qui tombent, les feuilles etc. Une branche de travers, des fruits pourris sur le sol, et c’est la plainte assurée! Il faut dire que les japonais sont réputés pour leur extrême propreté, rien ne doit dépasser ! Ainsi, personne n’a l’autorisation de cueillir les fruits du parc comestible, à la fois par soucis de propreté mais aussi d’équité entre les habitants. En revanche, le parc a une vertu pédagogique puisqu’au pied de chaque plante, on trouve un panneau avec une recette écrite par un chef.

Ginza Sony Park, un parc temporaire pour exposer des arbres remarquables

Dans le quartier Ginza, il y a ce petit parc d’une superficie d’environ 800 m², conçu par l’équipe de Seijun. Sa particularité : il est temporaire ! Un grand building verra le jour ici-même d’ici 2 ans. En attendant, la marque Sony qui en est propriétaire a choisi d’occuper intelligemment cet espace vacant.

On y admire de grands arbres exotiques. À leurs pieds, on trouve un petit panneau expliquant leur caractère et leur origine. Sur chaque panneau, il y a un prix. En fait, ces arbres sont aussi à vendre! Seijun utilise l’espace public pour végétaliser la ville, exhiber des arbres remarquables, et en même temps les vendre. Ainsi, cet espace a de multiples fonctions.

La pépinière d’Osaka

Quelques mois plus tard, j’ai l’occasion de revoir Seijun alors que je me trouve dans la région d’Osaka pour visiter Kamikatsu, le village zéro déchet. Il m’invite à visiter la pépinière du Sora Botanical Garden, située à 15 minutes de route depuis la station de métro Ikeda, dans les montagnes à l’Est de la ville. Environ 20 employés travaillent dans ce cadre agréable, avec vue sur les montagnes. Il fait beau et chaud en ce début Juillet, j’ai de la chance!

La pépinière est énorme, il y a des milliers d’arbres. Nous prenons une jeep pour la visiter. Le Sora Botanical Garden collabore avec d’autres pépinières environnantes, toutes spécialisées dans un domaine. En fait, il y a des pépinières dans toute cette région, qui approvisionnent la ville d’Osaka!

Le personnel de la pépinière taille les arbres à leur arrivée au Japon, et en prennent soin pendant 1 ou 2 ans avant de les vendre, le temps qu’ils puissent s’adapter au climat. C’est en hiver que l’entreprise de Seijun s’occupe de l’excavation et du transport des arbres. Et c’est au printemps que le bureau de Seijun réalise tous les travaux d’aménagement paysagers.

Seijun me confie qu’il est en ce moment en train de travailler sur un projet d’aménagement de très grand parc comestible pour la ville d’Osaka. Sa stratégie : planter en premier des arbres qui attirent les oiseaux. Ainsi, ce sont les oiseaux qui transporteront et planteront les graines en se nourrissant, et feront le plus gros des travaux de plantation !

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