Lors d’un séjour à Tokyo pour rencontrer le chasseur de plantes Seijun Nishihata, j’en profite pour visiter deux initiatives d’agriculture urbaine participative : “Edible Way” et le “Urban Farmers Club”.

L’agglomération de Tokyo, c’est 42 millions d’habitants et plus de 4500 habitants au km². L’espace est précieux, optimisé au maximum. Les appartements et même les véhicules ont une taille réduite. Dans ce contexte, pratiquer l’agriculture urbaine est un défi, que les Tokyoïtes ont décidé de relever de façon créative et participative!

1 – “Edible Way”, tout un quartier participe

Allons d’abord dans le quartier résidentiel de Matsudo découvrir l’initiative “Edible Way”.

Dans les rues de ce quartier, on observe des centaines de sacs à plantation marqués “Edible Way”. Ils sont devant les habitations, dans l’espace public. Il y pousse des plantes aromatiques, des aubergines, des tomates, des fraises, des salades, et bien d’autres plantes comestibles. On compte à peu près 800 bacs de plantation, pour environ 300 familles participant à ce projet.

Les sacs à plantation sont fournis à prix réduits par le fabriquant. Pour ce dernier, c’est une façon de sponsoriser ce projet qui lui fait une bonne publicité. Le logo “Edible Way” a été conçu par les habitants eux-mêmes. Tous les 6 mois environ, ils vident le sac pour renouveler les plantations et les nutriments.

Coopération entre l’université et la communauté

“Edible Way”, c’est le fruit de la coopération entre l’université Chiba et la communauté. Depuis 2 ans, Maria, une étudiante en horticulture, fédère les habitants autour de cette initiative. Ce n’était pas un pari facile au départ, car Matsudo est un quartier dortoir sans beaucoup de lien social. À présent, près de 300 habitants sont impliqués, et pour la remercier, ils ont proposé à Maria de loger gratuitement dans la maison de quartier, l’endroit où ont lieu les rencontres et les évènements communautaires.

Maria nous accueille à l’entrée de l’université d’horticulture
Rencontre avec les habitants dans la maison de quartier

On génère des échanges pédagogiques par la création de paysages comestibles

Si l’université a lancé cette initiative, c’est pour fournir aux étudiants une occasion de travailler sur des cas concrets. Grâce à leurs échanges avec les habitants, en particulier les plus âgés d’entre eux, ils peuvent découvrir les plantes traditionnellement utilisées au Japon, et leurs usages.

Ils peuvent aussi profiter de cas d’études concrets pour mettre en pratique leurs connaissances théoriques. Des étudiants accourent de l’étranger pour faire des stages à l’université de Matsudo! Certains habitants mettent à disposition leur petit terrain, et la ville met à disposition des espaces publics, pour que les étudiants en design puissent travailler sur toutes les étapes de réalisation d’un projet de paysage comestible, de la conception à la mise en œuvre.

Ainsi, les étudiants apprennent, s’enrichissent, tandis que les habitants du quartier augmentent leur résilience alimentaire et donnent vie à leur quartier dortoir.

La carte Edible Way pour se repérer dans le quartier comestible
Des supports pédagogiques pour sensibiliser aux plantes aromatiques sur l’espace public

2 – Le “Urban Farmers Club” s’organise sur les toits de la ville

Partons maintenant explorer les toits du centre-ville de Tokyo et faire connaissance avec le “Urban Farmers Club”, ou “Club des Fermiers Urbains”!

La ville de Tokyo est très dense. L’espace disponible qui se prête le plus à l’agriculture, ce sont les toits de la ville! Les initiatives s’y multiplient : ruches, fermes urbaines, toits végétalisés. Parmi elles, il y a le Urban Farmers Club, un groupe de citoyens qui s’organise pour cultiver collectivement sur les toits des entreprises, des résidences et même des grands magasins.

Une mini-pépinière sur le toit d’un centre commercial très fréquenté

J’ai découvert le “Urban Farmers Club” lorsque je suis allée visiter le toit du Tokyu Plaza, un grand magasin sur l’artère la plus fréquentée de Tokyo. Sur le toit, il y a une esplanade joliment aménagée pour accueillir les consommateurs pour un moment de détente : on peut s’asseoir, admirer la végétation qui surplombe Tokyo, et discuter avec ses amis autour d’une boisson achetée au “Beer garden”.

Au milieu de ce “havre de paix” (somme toute très fréquenté), il y a des boîtes géantes à semis, protégées par des filets. Un panneau indique que ces mini-pépinières sont gérées par le club des fermiers urbains. Voila une information qui suscite ma curiosité, j’ai envie d’en savoir plus!

Des chantiers participatifs et pédagogiques

Coup de chance, je vois en fouillant sur Internet que le Club des fermiers urbains organise un chantier participatif le lendemain dans le quartier de Shibuya.

Sur un carré de gazon public (denrée très rare à Tokyo!), une vingtaine de personnes construisent une jardinière surélevée. Rie, une participante, m’explique que la plupart des personnes présentes n’ont pas de notion de jardinage. Ils viennent pour apprendre, pour pouvoir accéder à des légumes sains, et aussi pour se faire de nouveaux amis. Le terreau utilisé est très noir, il est constitué en partie de marc de café collecté puis composté par une petite entreprise de la ville, qui s’appelle Plantio.

Des rizières sur les toits!

Après le chantier, le club me conduit sur les toits privés de résidences ou d’entreprises auxquels ils ont accès. Des salades et du riz sont cultivés hors sol dans des centaines de bouteilles en plastique! Je croque dans un concombre frais et juteux. Comme quoi, même sur un toit les légumes peuvent être délicieux…

Cette vision est très impressionnante. Elle représente à quel point l’agriculture urbaine peut créer un cercle vertueux dans la ville : le marc de café est transformé en terreau nourricier, les bouteilles plastiques sont transformées en bac à plantation pour créer de la ressource.

Le Club des fermiers urbains compte une cinquantaine de membres. Ils s’organisent à tour de rôle pour entretenir les cultures, grâce à une application et un agenda en ligne qui permet de noter les disponibilités de chacun.

Alors, l’agriculture participative est-elle LA solution à privilégier dans un contexte urbain ? De ces deux visites, je retiendrais quelques bénéfices à se lancer dans une démarche participative :

  • on peut profiter des espaces publics ou privés inutilisés
  • être débutant en jardinage n’est pas un handicap, on apprend au contact du groupe
  • on redonne vie au quartier et on créée des échanges entre les générations
  • on mutualise les moyens pour un moindre effort individuel

2 thoughts on “2 exemples d’agriculture urbaine participative à Tokyo

  1. J’aime ce que vous faites, j’aime l’optimisme de ceux qui veulent améliorer notre existence et faire se rapprocher la nature et l’urbain, ils existent et vivent et feront vivre…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
4 + 16 =